Description
Abricotier Luizet
L’abricotier Luizet (Prunus armeniaca ‘Luizet’) est une variété ancienne française originaire d’Écully, dans le Rhône, obtenue vers 1838 par le pépiniériste Gabriel Luizet, reconnue pour son autofertilité, sa rusticité en climat continental et la qualité gustative de son fruit à chair ferme. Longtemps colonne vertébrale des vergers de la vallée du Rhône puis du Valais suisse, le Luizet est aujourd’hui une variété patrimoniale que nous greffons en agriculture biologique dans notre pépinière du Lot-et-Garonne.
Fiche d’identité du Luizet
| Critère | Valeur | Précision |
|---|---|---|
| Espèce | Prunus armeniaca L. | Abricotier, famille des Rosaceae |
| Synonymes | Suchet, du Clos, Dur d’Écully | « Hâtif du Clos » est une variété distincte |
| Origine | Écully (Rhône, 69), France | Obtenteur : Gabriel Luizet |
| Année d’obtention | Pied-type de 1838 | Mise au commerce en 1853 |
| Floraison | Mi-tardive à tardive, fin mars | Fleurs petites, blanc rosé, calice rouge amarante |
| Pollinisation | Autofertile | Génotype S8Sc (allèle Sc de compatibilité) |
| Récolte | Mi-juillet | Maturité groupée, 2 passages |
| Conservation | 3 à 5 jours | Point faible reconnu de la variété |
| Usage | Frais, confiture, oreillons au sirop, eau-de-vie | Noyau non adhérent à la chair |
| Vigueur | Forte, 4 à 6 m sur franc | Port arrondi, bois cassant |
| Rusticité | Bois rustique jusqu’à −20 °C | Fleurs détruites vers −2 °C |
| Porte-greffes proposés |
Présentation de l’abricotier Luizet
L’histoire du Luizet est datée avec une précision rare pour une variété ancienne. Gabriel Luizet, pépiniériste à Écully-lès-Lyon et l’un des fondateurs de la Société d’horticulture pratique du Rhône, obtient le pied-type en 1838, vraisemblablement d’un semis issu d’une variété d’Europe centrale du groupe ‘Meilleur de Hongrie’. La mise au commerce a lieu en 1853 sous le nom d’abricot du Clos ; le congrès pomologique lui substitue le nom d’abricot Luizet lors de son admission en 1860.
Le Luizet forme un arbre vigoureux à bois fort, de 4 à 6 m sur porte-greffe franc, au port arrondi et aux rameaux longs et géniculés. André Leroy, dans son Dictionnaire de pomologie, signale que le plein-vent lui convient parfaitement mais qu’il prospère sous toutes les formes. Le bois du Luizet étant cassant, mieux vaut éviter de laisser filer de trop longues charpentières non soutenues.
Un point mérite d’être tranché, car il circule beaucoup d’approximations : le Luizet a pour synonymes attestés Suchet, du Clos et probablement Dur d’Écully. En revanche, « Hâtif du Clos » désigne une autre variété. Gabriel Luizet l’écrit lui-même à Leroy le 26 novembre 1874 : le Hâtif du Clos provient d’un semis de noyau réalisé en 1854 à partir de son propre abricot, et se distingue par son extrême précocité.
Caractéristiques du fruit
L’abricot Luizet est de forme ovoïde allongée, à joues renflées et sillon étroit mais profond. La peau, légèrement duveteuse, est jaune orange ponctuée de rouge pourpre, lavée de rouge clair et brillant sur la face exposée au soleil. La coloration reste modérée : c’est ce qui a pénalisé le Luizet face aux variétés modernes bicolores, sans rien retirer à ses qualités gustatives.
- Chair : jaune intense, ferme à moyennement ferme, non adhérente au noyau
- Saveur : eau abondante, sucrée, acidulée, plus ou moins parfumée selon la maturité
- Calibre : moyen à gros selon la charge et l’éclaircissage
- Noyau : très gros, ovoïde allongé, à arête dorsale haute et coupante
La qualité gustative du Luizet dépend fortement du stade de cueillette. Cueilli vert pour le transport, il déçoit — c’est ce qui explique la sévérité de certaines pomologies anciennes. Cueilli à pleine maturité sur l’arbre, quand la face au soleil se teinte de rouge vif, il retrouve le profil équilibré qui a fait sa réputation. L’amande du Luizet était décrite par Leroy comme « à peu près douce » ; il s’agit d’un caractère pomologique de description, sans recommandation de consommation de notre part.
Pollinisation du Luizet
Le Luizet est autofertile : un seul arbre suffit à fructifier. Cette autofertilité n’est pas une simple observation empirique, elle est établie génétiquement — le génotype S-RNase du Luizet est S8Sc, et l’allèle Sc est l’haplotype muté qui confère l’auto-compatibilité chez l’abricotier. Le Luizet figure dans la liste des cultivars confirmés auto-compatibles au même titre que ‘Canino’, ‘Paviot’ ou ‘Corbato’.
Corollaire rarement signalé : parce qu’il porte deux allèles distincts de la plupart des variétés auto-incompatibles, le Luizet constitue un bon donneur de pollen pour des cultivars qui, eux, exigent un pollinisateur — c’est le cas de l’abricotier Goldrich ou de l’abricotier Hargrand, tous deux auto-incompatibles. La condition reste le chevauchement des floraisons : le Luizet fleurissant plutôt fin mars, l’association est à vérifier localement avec les variétés à floraison plus précoce.
Culture et entretien
Sol et exposition
Le Luizet demande un sol léger, profond et drainant, plutôt neutre à légèrement calcaire. Il faut lui éviter les argiles lourdes, les terres froides et toute humidité stagnante, qui provoquent l’asphyxie racinaire et favorisent la gommose. L’exposition sera plein soleil, en situation abritée des vents froids et, si possible, hors des cuvettes à gelée blanche.
Plantation
Plantez le Luizet à racines nues de mi-novembre à fin février, hors période de gel. Creusez un trou trois fois plus large que le système racinaire, décompactez le fond sans apporter de fumure fraîche au contact des racines, et veillez à laisser le point de greffe à 10 cm au-dessus du sol. Tuteurez, arrosez copieusement puis paillez le pied sur un mètre de diamètre.
Taille
Conduisez le Luizet en gobelet ouvert à 3 ou 4 charpentières. L’abricotier supportant mal les grosses plaies, privilégiez la taille en vert, après récolte, plutôt que la taille d’hiver. Raccourcissez les pousses trop vigoureuses, éclaircissez le centre et renouvelez régulièrement les coursonnes : le Luizet fructifie sur bois d’un an et sur rameaux courts.
Maladies et résistances
Le Luizet n’est pas une variété résistante — aucun abricotier ne l’est réellement. Sa fleur est sensible à la moniliose (Monilia laxa), particulièrement lors des printemps pluvieux au moment de la floraison. Les autres points de vigilance sont classiques de l’espèce : gommose sur sols asphyxiants, chancre bactérien, et surtout deux maladies réglementées en zone de production, la sharka (Plum pox virus) et l’enroulement chlorotique de l’abricotier (ECA), transmis par psylles. En Lot-et-Garonne, département de production du prunier d’Ente, la surveillance sharka est un enjeu collectif : signalez tout symptôme suspect à la FREDON.
Utilisations en cuisine
Le Luizet a bâti sa réputation autant en transformation qu’en frais. Son noyau qui se détache proprement de la chair en fait un abricot commode à dénoyauter en volume, d’où sa vocation historique aux oreillons au sirop, aux confitures, aux tartes et clafoutis. Dans le Valais, le Luizet a également alimenté la distillerie : l’eau-de-vie d’abricot valaisanne s’est construite sur cette variété, tout comme la conserverie de Saxon.
🍑 Pour le frais, cueillez le Luizet en deux passages, à quelques jours d’intervalle, en attendant la surimpression rouge vif côté soleil. Sa conservation courte — 3 à 5 jours — en fait un fruit de vente directe et de circuit court, pas un fruit de garde : c’est précisément ce défaut de tenue au transport qui a provoqué son remplacement progressif dans les vergers professionnels valaisans à partir des années 1990.
Le Luizet, prince du verger valaisan
Voilà le chapitre que la plupart des fiches françaises omettent. Gabriel Luizet, émigré à Saxon, implante sa variété en Valais ; un autre Lyonnais, Joseph Sablier, la popularise vers 1875-1880, au moment où les travaux d’endiguement du Rhône libèrent des terres idéales pour l’arboriculture. Le Luizet devient alors la variété d’abricot du Valais, canton qui couvre aujourd’hui près de 95 % du marché suisse de l’abricot.
Le chiffre donne la mesure du phénomène : selon le rapport 2004 de l’Interprofession des fruits et légumes du Valais, le Luizet représentait encore 46,4 % des surfaces d’abricotiers du canton, loin devant Orangered (17,9 %) et Goldrich (11,3 %). Son remplacement progressif tient à ses faiblesses commerciales — conservation, transport, calibre — et non à sa qualité gustative. C’est même sur le Luizet qu’Agroscope Conthey a fondé son programme de sélection, dont sont issues les variétés Lisa et Mia lancées en 2018.
Le Luizet en climat chaud : ce qu’il faut savoir avant de planter
Aucun vendeur ne le dit, et c’est pourtant décisif dans le Sud-Ouest : le Luizet est une variété de climat continental. Leroy le notait déjà — le Luizet produit peu en climat doux ou méditerranéen, et sa productivité est jugée moyenne, parfois irrégulière, par les pépiniéristes spécialisés. Il donne le meilleur de lui-même là où l’hiver est franc et l’été chaud : vallée du Rhône, Bugey, Savoie, Valais, moyenne altitude.
En Lot-et-Garonne, le Luizet reste plantable — nos hivers apportent encore un froid suffisant et sa floraison de fin mars est plutôt un atout face aux gelées — mais il faut l’installer en connaissance de cause : privilégier une exposition non brûlante, éviter les sols séchants qui accentuent la chute physiologique, et ne pas en attendre les rendements réguliers d’une variété moderne sélectionnée pour le Sud. Pour un verger familial diversifié, associez-le à l’abricotier Bergeron, plus tardif et plus régulier, à l’abricotier Polonais, dont la floraison est contemporaine de celle du Luizet, ou à l’abricotier Pêche de Nancy, autre variété ancienne de bouche.
Questions fréquentes sur l’abricotier Luizet
L’abricotier Luizet est-il autofertile ?
Oui, l’abricotier Luizet est autofertile : un arbre isolé fructifie sans pollinisateur. Cette autofertilité est confirmée génétiquement, le Luizet portant le génotype S8Sc, dont l’allèle Sc est celui de l’auto-compatibilité chez l’abricotier. La présence d’abeilles reste toutefois déterminante pour la nouaison, et un printemps pluvieux pendant la floraison réduit fortement la récolte.
Quand récolter les abricots Luizet ?
La récolte des abricots Luizet intervient à mi-juillet, avec une maturité relativement groupée qui autorise deux passages. En climat chaud comme le Sud-Ouest, la cueillette peut débuter dès le début juillet. Le fruit est mûr quand la face exposée au soleil prend une surimpression rouge vif et que le pédoncule cède sans effort.
Quel est le goût de l’abricot Luizet ?
L’abricot Luizet offre une chair jaune intense, ferme et juteuse, à la saveur sucrée nettement acidulée et au parfum variable selon la maturité. Cueilli trop tôt, le Luizet reste terne et acide. Cueilli à pleine maturité sur l’arbre, il développe l’équilibre sucre-acide caractéristique des abricots anciens, apprécié aussi bien frais qu’en confiture.
Quelle est la différence entre le Luizet et le Bergeron ?
Le Luizet, obtenu à Écully en 1838, mûrit à mi-juillet et se conserve peu ; le Bergeron, originaire de la Drôme, mûrit plus tard et supporte mieux la manipulation. Les deux sont autofertiles et à floraison tardive. Le Luizet est plus vigoureux mais d’une productivité moins régulière, ce qui explique son recul en verger professionnel.
Le Luizet convient-il au sud de la France ?
Le Luizet est une variété de climat continental : André Leroy signalait déjà qu’elle produit peu en climat doux ou méditerranéen. Elle reste cultivable dans le Sud-Ouest, où sa floraison de fin mars limite le risque de gel, mais sans espérer les rendements d’une variété moderne. Sol drainant, exposition non brûlante et arrosage suivi sont indispensables.
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